Ce texte n'est pas une fiction, Gisèle et Gérard m'ont confié le même souvenir. Ils m'ont offert l'anecdote. Je connaissais les lieux, du moins tels qu'ils étaient bien des années plus tard, plus de soixante ans après les gambades dans le foin.
Il ne restait plus qu'à confier au dessin la reconstitution de ce moment de jeu en l'inscrivant dans le vrai décor.
"Là, vers 1940, dans cette grange remplie de fourrage, deux enfants d'une dizaine d'années avaient pris l'habitude de venir se retrouver pour jouer en secret. Ils grimpaient à une mauvaise échelle de bois et, du haut de la mezzanine, sautaient en riant sur le foin craquant et doré."
Naissance de grange neuve, p. 105
La paille, on le voit y occupe une grande place. Elle est la matière même du souvenir comme ont pu l'être les draps blancs de La Strada ou la neige de Citizen Kane. La même matière revient sur une tonalité légèrement différente dans Jean dans le foin dont l'action (qui est cette fois une fiction) prend pour cadre la même grange.
"Il était maintenant dans la grange obscure. Le front luisant, il remuait le foin avec hâte et précaution, le saisissait à pleines brassées et le faisait voler haut par-dessus sa tête. La paille brillait en retombant, traversée par les rayons du soleil qui passaient entre les maigres fenêtres du mur épais de la grange."
Jean dans le foin, p. 112








