Lectures

L'auteur de ce recueil de nouvelles n'oublie pas qu'il a été professeur de Lettres. Les propositions de lecture présentées ici ne tendent pas nécessairement à classer Les petites histoires presque vraies en Littérature Jeunesse, elles offrent seulement quelques pistes pour une utilisation en classe dans le domaine aux contours d'ailleurs incertains des lectures complémentaires.

La part des choses, vérité et fiction
Des récits enracinés, deux ou trois maisons, leurs jardins, un hameau, cadres de souvenirs, choses vues et entendues. 
A ces souvenirs d'enfance s'ajoutent les souvenirs de récits que faisaient les anciens à la veillée.
Se construit ainsi une chronique, en partie familiale, des années 1900 à 1960, dans ce petit hameau du Viala près de Saint-Jean du Bruel.
C'est le point de vue de l'enfant, parfois associé à des commentaires de l'adulte qu'il est devenu, offrant ainsi une confrontation entre deux points de vue subjectifs. 

Reconstitutions et transpositions
A ces récits autobiographiques, fragments de récits de vie écrits à la 1ère personne, s'ajoutent d'autres récits à la troisième personne.  
Ces histoires, souvent entendues pendant l'enfance, mettent en scène des personnages qui correspondent à des personnes bien réelles, mais les détails de l'histoire sont reconstitués et pour une part imaginés. Il s'agit ici de se représenter des situations, des sentiments et des émotions. C'est pourquoi le point de vue narratif est rarement extérieur, c'est au contraire le courant de pensée des personnages qui occupe le premier plan.
Détresse et révolte de Gisèle dans Gorette a disparu, faiblesses successives d'Emma dans Un mariage contraint, hésitations et compassion de Maria dans La soupe du résistant.
Dans L'arrangement, l'anecdote à l'origine de la mort d'une personne réelle, mon grand-père, est racontée en suivant le point de vue d'un personnage secondaire. Les textes qui suivent, Vingt-trois ans après et La valise d'Honoré, continuent l'histoire tout en multipliant les points de vue. Mort d'Honoré, deuil de Marinette, découverte qui réveille les souvenirs d'enfance. Et retour à la 1ère personne quand je découvre la valaise, après bien des années.
D'autres textes poussent plus loin la transposition. Un château derrière les ronces met en scène le souvenir d'un lointain cousin, si timide et indécis qu'il ne s'est jamais marié. Et si le Prince de La Belle au bois dormant n'était pas à la hauteur, qu'adviendrait-il à l'histoire ? Qu'arriverait-il à la belle légende si l'un des frères renonçait à ses voeux ? 

Une réflexion sur les genres littéraires
Ainsi, pour suivre la vérité des sentiments et des émotions des personnages, est-il parfois utile de sauter d'un genre littéraire à l'autre.
Si la forme des Souvenirs convient bien convient bien aux Premiers pas, à Eugène et Maria ou aux Souvenirs de la maison du haut, la chronique familiale ou villageoise se glisse bien dans la structure de la nouvelle (qui n'est pas contrainte d'être sur le modèle de la nouvelle à chute quand la fin de l'histoire prend un caractère inexorable, à la limite du tragique comme dans L'arrangement, Gorette a disparu ou Un facteur dans la neige.
Ainsi de la forme du conte ou de la légende, Un château derrière les ronces, Le troisième ermite.
En revanche, Le renard qui voulait dormir avec les poules ou Le 98ème mouton prennent l'apparence de contes pour enfants. Ils sont nés de petites choses entendues dans l'enfance à propos de sommeil et d'insomnies et débouchent sur la découverte de valeurs simples. Chassez le naturel, le petit renard paresseux découvre sa vraie nature. L'insomniaque replié sur lui-même apprend la solidarité.

Dans chaque histoire se mettent en scène et se jouent des valeurs humaines et des émotions que l'exploration des souvenirs permet d'exprimer, de s'approprier et de faire siennes. S'y expriment alors des nostalgies et des réconciliations, s'y jouent des reconnaissances et des apaisements. 

Pour aller plus loin
Pour l'auteur, derrière la chronique, derrière le jeu avec les genres narratifs, ces textes suivent un projet simple, une quête de ressourcement et la volonté de rendre hommage à une époque pas si lointaine, à des gens simples, des petites gens, dans leurs vies difficiles, mais portées par des valeurs humaines qui faisaient leur force et leur richesse.

On apprend d'abord à déchiffrer les lettres et les mots, puis à lire les phrases et les textes, reste le plus difficile et le plus beau, apprendre à lire entre les lignes, apprendre à ressentir ce qui n'a pas besoin d'être dit ou, par pudeur, refuse de s'écrire. Apprendre l'empathie.


 

 

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