Voir une explication de l'illustration de Naissance de Grange neuve.
Evoquer des souvenirs anciens, ex vocare, les appeler par la voix, ainsi va le texte. Mais qu'en est-il de l'image ? Choses vues il y a si longtemps ou transmises en quelques mots, d'autres fois imaginées. Il n'en reste en mémoire que des silhouettes aux contours flous, fugitives et rebelles au crayon, images fantômes qui ne se laissent pas re-présenter.
L'aquarelle a cette vertu d'être par nature une image en fuite, comme dans les poèmes de Paul Verlaine où "l'indécis au précis se joint".
Travailler dans le mouillé, laisser les ombres mouvantes se placer, avec leur aura imprécise, les inviter, les piéger peut-être, saisir à la volée les contours qui se forment et accepter que l'image complète se dérobe, comme, en asymptote, une inaccessible Ithaque.
Les ocres, les sépias et les bruns, coutumiers des photos anciennes qui se délavent, sont ici les pigments de la mémoire qui lutte contre l'oubli et la dissolution.
Certaines illustrations n'apparaissent pas ici mais elles m'ont aidé à écrire. J'aime à écrire ainsi, en suivant un équilibre entre texte et image qui s'appellent l'un l'autre et se complètent si bien que l'on ne saurait dire lequel des deux est le prolongement de l'autre.
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