Sources

Ma maison principale est au Viala, à côté de Saint-Jean du Bruel.  
Dans mon enfance, tout le bloc face au château appartenait à notre famille. Ces maisons et leurs jardins sont le cadre de beaucoup de récits, parfois directement dans des souvenirs d'enfance (Les grandes veillées, Souvenirs de la maison du haut), parfois parce qu'elles deviennent le cadre d'une nouvelle, comme La chienne devenue trop vieille ou Oriane au coin du feu
Jean dans le foin se passe dans notre jardin et dans une vieille grange dont je raconte la transformation dans Naissance de Grange neuve.
Une bonne part de l'histoire de ma famille s'y enracine. Eugène et Maria ont vraiment existé. Ils habitaient la maison du bas et les petites anecdotes que je raconte sont authentiques (La chienne devenue trop vieille, Le corbeau et les cantonniers, La vraie chèvre de M. Seguin). Marinette était ma grand-mère et son mari, Honoré, est bien mort entre une locomotive et son premier wagon parce qu'il avait généreusement accepté de remplacer un collègue. C'est l'histoire de L'arrangement que je raconte en prenant le point de vue du collègue. La triste enfance et l'histoire d'amour et de deuil de ma grand-mère se passent là également (Deux sœurs, Vingt-trois ans après, La valise d'Honoré).

C'est ainsi que le livre fonctionne, il raconte une famille, deux ou trois maisons, un hameau en se nourrissant de souvenirs personnels et des histoires que j'entendais quand j'étais enfant. Il couvre à peu près la première moitié du XXème siècle. Le champ d'Agussol existe vraiment, à la sortie du Viala, et l'histoire de l'échelle qui se dérobe est bien réelle et fournit le point de départ de La dernière pomme d'Agussol. Notre vieil oncle Eugène a effectivement cuit du pain dans le four banal de l'actuelle rue du château (Eugène et Maria).  Une femme du hameau a bien nourri un résistant pendant la dernière guerre (La soupe du résistant).

Il arrive que des personnages bien réels apparaissent dans des récits qui se donnent l'apparence de fictions, de contes ou de légendes mais c'est peut-être aussi pour ne pas les nommer ou parce qu'ils offrent des variantes intéressantes. La faible fille qui ne sait dire non à son père, le facteur obstiné, le timide qui impatiente, le religieux qui rompt ses vœux se retrouvent dans Un mariage contraint, Un facteur dans la neige, Un château derrière les ronces et Le troisième ermite.

Les quatre derniers chapitres sont dédiés à mon père avec qui j'ai partagé le même goût pour la peinture et le même amour de notre Viala et de Saint-Jean. Je ne sais combien de Ponts vieux nous avons peints … Il y est évoqué sous la forme de souvenirs d'enfance (Yvon, son Viala, sa peinture ou Ce rêve d'un atelier d'art) ou dans une réflexion plus intime (Dialogue avec les carnets de mon père). Le dernier récit prend la forme d'une nouvelle à la limite du fantastique mais j'ai bien chez moi le tableau de l'histoire et sa première esquisse dans un très ancien carnet de croquis (Autoportrait en chemin). 
Ce livre n'est rien d'autre qu'un enracinement et une transmission, tout ce qu'un accident de voiture a failli emporter. L'idée de jouer sur les formes littéraires s'est imposée d'elle-même comme le plaisir d'y ajouter un petit hors-texte fait de mes propres illustrations et de quelques photos puisées dans notre album de famille. 

Autoportrait en chemin, par Yvon

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